Stunfest 2016 : Interview de Ken Bogard

Ken Bogard - Stunfest 2016 - Interview par Guard Impact - Credit : Richard Adenot Photography

Stunfest 2016 : Interview de Ken Bogard

Cette année encore, on a profité du Stunfest 2016 pour aller questionner Ken Bogard afin de connaître sa vision des choses sur la scène compétitive actuelle, le lancement de Street Fighter V (évidemment), la création de la Fédération Française de Sport Electronique ou encore l’avenir de la Kakutop et du Capcom Pro Tour. Tenez-vous bien… on a même réussi à parler de Pokken ! Interview !

Guard Impact : Pour toi Street Fighter V est-il un meilleur jeu qu’USF4 ?

Ken Bogard : C’est un jeu différent, ni meilleur, ni moins bien. Il fonctionne avec d’autres mécaniques, que l’on commence à mieux appréhender aujourd’hui malgré le faible recul de deux mois et demi sur le jeu. Street Fighter V est visuellement attrayant, c’est plus sympa pour le spectateur et c’est vraiment une bonne chose. Pour ce qui est du gameplay, je sais que par rapport à Street Fighter 4, certains joueurs ont du mal à faire de longues sessions sur le jeu du fait que jouer certains personnages devient très répétitifs.

C’est très différent de Street Fighter 4, pour le moment c’est « moins complet » car le jeu vient de sortir et possède moins de personnages. J’ai jamais trop aimé Street Fighter 4, c’est pourtant un excellent jeu, mais y a plein de trucs garantis dans le jeu, tu subis trop. USF4 se base beaucoup sur les Footsies (déplacements) ce qui rend le jeu intéressant pour les joueurs, mais moins pour les spectateurs.

Guard Impact : Tu penses donc que Street Fighter V est plus intéressant en terme de spectacle que le 4 ?

Ken Bogard : En fait ce qui rend un jeu agréable à regarder c’est d’abord les bons joueurs, tu peux avoir des matchs de Street Fighter V chiants comme dans Street 4. Ce que je veux dire à propos de Street Fighter V c’est qu’il peut y avoir des matchs intéressants, on l’a vu durant le Red Bull Kumite et la Kakutop, on le verra aussi ce week-end au Stunfest.

Guard Impact : Est-ce que baser la communication, au lancement du jeu, en visant les joueurs plutôt que le grand public était une bonne chose selon toi ?

Ken Bogard :  C’était un problème « day one » (le jour du lancement du jeu) mais sur le long terme, viser les joueurs de Street Fighter paraît fonctionner. Les objectifs de vente ne sont pas encore atteint mais ça viendra. Ils commencent à augmenter le contenu disponible pour les joueurs lambdas mais là où ils veulent vraiment investir c’est dans le online.

Il n’y a rien dans l’interface du jeu pour l’instant qui ouvre vers le Capcom Pro Tour, rien qui comme CS : GO, DOTA2 ou League Of Legend permet d’avoir un fil d’actualité constant sur les compétitions dès que tu lances ton jeu, et c’est là dedans qu’il faut investir pour que la première année soit une grosse année de Beta Test.

Le jeu en terme de Gameplay est très abouti, mais maintenant il va falloir travailler sur l’ergonomie du mode en ligne qui est vraiment catastrophique!

Stunfest 2016 : Interview de Ken Bogard - Credit : Richard Adenot Photography

Stunfest 2016 – Credit : Richard Adenot Photography


Guard Impact :  Il n’y a pas de nouveau Street Fighter en arcade, est-ce un bon choix ? Est-ce que ça va changer quelque chose ?

Ken Bogard : C’est ni un bon ni un mauvais choix, Sony finance le jeu, c’est comme ça. Pour eux l’arcade est mort. Je ne pense pas que le jeu arrivera en arcade sauf si ils mettent la version PC sur Nesica (système permettant de jouer en ligne sur borne) un jour ou l’autre. Je doute qu’ils le fassent vu les problèmes qu’ils ont à régler sur la sortie du jeu en elle-même.

Guard Impact : Les nombreux joueurs arcade de Street Fighter 4 n’ont pas tous migré sur PlayStation 4 ?

Ken Bogard : Ils ont créé des salles de jeu, des gaming house, ils s’organisent ! Et quand tu regardes les résultats, tu te rends compte que sur les compétitions internationales les japonais n’ont pas tant que ça baissé de niveau. On retrouve toujours les Momochi, les Fuudo, les Daigo au dessus ou dans la moyenne haute des joueurs internationaux.

Guard Impact : On voit de plus en plus de joueurs « streamer » leur session de jeu, même Daigo s’y est mis récemment, c’est une envie de sortir du pays, apprendre des techniques au monde?

Ken Bogard : Le Japon a toujours eu l’envie de montrer et partager des techniques car c’est ce qui fait progresser. Ils ont intégré cette façon de faire depuis Street Fighter 2. On a moins cette pratique par chez nous, c’est peut être ce qui nous fait défaut aujourd’hui. Mais depuis la fin de l’ère USF4 ces streaming sont orientés dans un but promotionnel, dans un but de se faire voir, de créer un attrait pour soi. Et c’est surtout valable pour les joueurs japonais qui en ont bien besoin. Il est difficile d’avoir des sponsors au Japon car le jeu vidéo est malheureusement toujours mal vu.

Stunfest 2016 : Interview de Ken Bogard - Credit : Richard Adenot Photography

Stunfest 2016 – Credit : Richard Adenot Photography

Guard Impact : Une Fédération Francaise de Sport Electronique est née le mois dernier, chapeautée par le Gouvernement, est-ce que tu penses que c’est un problème d’avoir plus d’entreprises que d’associations dans cette fédération?

Ken Bogard :  Je ne pense pas que ce soit un problème, il faut des entreprises, il ne faut pas se voiler la face. La compétition autour du jeu vidéo appartient à un média qui appartient à un éditeur qui appartient à une entreprise. Ce n’est pas le football, ce n’est pas le tennis, on a besoin des entreprises pour faire des compétitions, ce sont elles qui possèdent les jeux donc oui, elles doivent faire partie du conglomérat. C’est même logique qu’il y en ait plus que d’associations puisque ils sont plus nombreux et ont plus d’argent. Tout ça fonctionne en synergie depuis longtemps, comme un écosystème qu’on a créé nous-mêmes, je ne sais pas si une fédération va changer quoi que ce soit. Si ça peut cadrer, légiférer tout ce qui est lié aux rentrées d’argent ou autre, ça peut le faire, j’attends de voir.

Guard Impact : Cette fédération compte par exemple se tenir garante du choix des jeux considérés comme sport éléctronique ou pas, c’est gênant selon toi ?

Ken Bogard : Franchement, j’en ai rien à faire ! A partir du moment où il y a de la compétition autour du jeu vidéo c’est du sport électronique, ça va du Speedrun à League Of Legend. Leur terme E-sport encore une fois, je n’en ai rien à faire ! Ca fait depuis 1994 que je fais des tournois de jeux vidéo. Je n’ai pas attendu les fédérations pour en faire ! Qu’on me dise « ça c’est E-sport » ou « ça c’est pas E-sport » c’est pas important.

Le terme d’E-sport me gave, et le manque de reconnaissance des jeux vidéo de combats aussi. C’est quand même le premier jeu à avoir sublimer la compétition de jeux vidéo. Ce genre de compétition a commencé par le scoring en arcade, puis par Street Fighter 2 en 1991, et tout ça c’est rien face aux sommes d’argent qui peuvent être investis maintenant. On restera toujours une catégorie assez marginale. A la limite, je préfère encore ne pas être considéré comme «  » »E-sport » » » et proposer des show et du divertissement, ça me va très bien.

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Guard Impact : Il existe déjà une Kakutop FR et Europe, à quand une Kakutop World ?

Ken Bogard : On aimerait bien faire ça cette année, ça va surtout dépendre de l’argent disponible dans nos portes monnaies ! Idéalement en fin d’année, avant ou après le Capcom Pro Tour. On est en train de budgétiser tout ça pour le rentabiliser et une fois qu’on a le budget, l’idée, la rentabilité, on le fera… Ou pas!

D’abord je fais la Kakutop 5, qui va me prendre du temps à organiser, et ensuite peut être qu’à la place de la Kakutop XMas (France/Angleterre) il y aura une Kakutop The World.

Dans l’idée j’aurai aimé avoir 8 joueurs de 8 pays du monde et des quatre continents qui représentent leurs pays dans un format de tournoi indéterminé pour l’instant! Tout se ferait sur invitation, la Kakutop est une ligue de haut niveau qui est avant tout un spectacle, on invite des joueurs motivés, qui passent bien à la caméra, qui sont expressifs, c’est important de produire de belles images.

L’aspect compétitif de la Kakutop et la qualité de ses matchs comptent beaucoup pour moi, tout l’aspect divertissement aussi.

logo-Red-bull-Kumite

Guard Impact : En deux éditions seulement le Red Bull Kumite est devenu un événement majeur en Europe, est-ce qu’il est possible que d’autres marques arrivent au même niveau d’organisation ?

Ken Bogard : Red Bull a mis la barre très haute ! N’importe qui voulant s’aligner sur le RBK se casserait la gueule aujourd’hui ! Après, il ne faut pas se leurrer, ça doit surement donner des envies ! D’ailleurs je ne comprends pas qu’aux Etats-Unis il n’y ait toujours pas d’événements de ce type. Pourquoi ils n’ont pas de ligues, pas de tournoi sur invitation un peu plus stylés, ils font « open » sur « open » (tournoi ouvert à tous). Les open sont des formats qui ne m’ont jamais intéressés, tu passes ta vie à attendre un top 8 pour ensuite regarder des matchs de « looser bracket ». En sortant des formats de ce type tout devient possible et on peut créer des choses plus intéressantes.

Ou on peut se servir de la saison « open » pour voir quels joueurs ressortent le plus. Le RBK c’est 14 joueurs invités, 2 joueurs qualifiés par tournoi sur une journée, mais ça reste un « invitational », comme la Kakutop qui invite des joueurs pour une ligue avec des matchs longs où tout le monde s’affronte.

Sans abandonner le format Open, on peut regarder en arrière. Il y a quelques années on faisait des poules, puis l’Evo a imposé un standard à double élimination.

L’Evolution Championship ça veut rien dire, sur Street Fighter V c’est pas le classement Online qui va produire un vrai classement global. Le seul classement global qu’on possède c’est le Capcom Pro Tour, qui classe les joueurs par rapport aux tournois qu’ils font en leur attribuant des points selon leurs placements.

Tu n’as pas de véritables classements « ELO » (système d’évaluation du niveau de capacités relatif à un joueur d’échecs ou de jeux de go par exemple) donc tu ne peux pas véritablement placer les joueurs ou organiser des événements de type « masters » sans trop « piffer » le choix des joueurs.

On se retrouve avec 4000 joueurs à l’Evo cette année, 500 au Stunfest ! Le tournoi de l’Evo avec 4000 joueurs ça n’a juste aucun sens !

Stunfest 2016 : Interview de Ken Bogard - Credit : Richard Adenot Photography

Stunfest 2016 – Credit : Richard Adenot Photography

Guard Impact : Concernant le Capcom Pro Tour, est ce que quelqu’un peut battre RZR|Infiltration cette année ?

Ken Bogard :  Oui, quelqu’un peut battre RZR|Infiltration cette année. Il est extremement fort, il profite de son style de jeu, qu’on analyse et il le sait. Il  s’est retrouvé de moins en moins à l’aise au fil des matchs et des confrontations face à d’autres joueurs récemment. Il va surement travailler d’autres personnages, compléter son jeu aussi pour ne pas juste se contenter de son jeu actuel et ne pas se laisser dépasser par d’autres.

C’est un joueur talentueux qui s’entraîne beaucoup et surtout, il est l’un des seuls à avoir vraiment compris comment fonctionne le jeu, comment les déplacements fonctionnent dans le jeu, ce qui en fait un joueur fort.

Guard Impact : Question piège : Qu’est-ce-que tu penses de Pokken à L’Evo ?

Ken Bogard : C’est une opération marketing, comme tous les jeux de l’Evo. A part Marvel (UMVC3) et Smash Bros Melee, ils payent pour être jouer là bas. Peu importe ce que je pense de Pokken, le jeu est à l’Evo car Namco Bandaï a dit « le jeu sera à l’Evo ». Aujourd’hui c’est Pokken, mais ça aurait pu être n’importe quoi, même Dragon Ball Xenoverse (rires). On verra ce que ça donne, y a une compétition toute l’année sur le Pokemon World Championship en marge des compétitions du jeu vidéo et du jeu de carte. Le Pokemon World Championship a intégré les trois types de jeux sur toute la saison.

Pokken en lui même m’a profondément emmerdé, j’y ai pas joué beaucoup, c’est surement très drôle mais bon…

Un grand merci à Ken pour le temps qu’il nous a encore une fois consacré.

Et merci à Richard Adenot de nous avoir autorisé à partager son travail. On vous invite d’ailleurs à aller faire un tour sur sa page Facebook et notamment sur son album Stunfest 2016 !

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